La pharmacie, une sorte de « cabinet médical allégé » ?

Avec la loi sur le développement de l'approvisionnement en médicaments en pharmacie (ApoVWG), le législateur prévoit l'une des réformes les plus ambitieuses du secteur pharmaceutique de ces dernières années. L'objectif est de garantir l'approvisionnement en médicaments, en particulier dans les régions structurellement défavorisées, et d'intégrer davantage les pharmacies dans les soins de santé ambulatoires. À cette fin, les pharmaciens devraient à l'avenir se voir attribuer des compétences supplémentaires qui étaient jusqu'à présent principalement réservées au domaine médical. Les modifications prévues sont donc discutées non seulement comme une opportunité d'améliorer les soins, mais aussi comme une possible atteinte aux limites actuelles des compétences.

Le 17 décembre 2025, le Conseil des ministres fédéral a adopté le projet de loi. Après avoir été soumis au Bundesrat et au Bundestag, le processus législatif en est désormais à un stade avancé. L'aperçu suivant présente les changements concrets prévus par la réforme et explique pourquoi celle-ci fait l'objet de vives controverses.

 Délivrance de médicaments sans ordonnance, articles 48a et 48b de la loi sur les médicaments (AMG) (nouveaux)

Le changement potentiellement le plus important est que certains médicaments soumis à prescription pourront à l'avenir être délivrés sans ordonnance (médicale ou dentaire). Cette mesure est prévue pour la continuité des soins dans le cas de maladies chroniques.

L'autre cas d'application concerne la présence d'une maladie aiguë et sans complication. Cela nécessite toutefois l'adoption d'un arrêté ministériel par le ministère fédéral de la Santé. Celui-ci devra définir les conditions (maladies, groupes de patients, exigences en matière de conseil, etc.).

Possibilités de vaccination élargies

Le projet prévoit que les pharmacies pourront à l'avenir utiliser des vaccins inactivés. Des formations médicales seront organisées à cet effet. De même, l'extension des compétences en matière de vaccination sera prise en compte dans les négociations sur la rémunération, afin que les vaccins soient remboursables.

À l'avenir, il sera donc possible de se faire vacciner contre la grippe, le coronavirus et la MEVE. Jusqu'à présent, la vaccination contre la grippe par les pharmaciens est autorisée pour les patients âgés de 18 ans et plus, et la vaccination contre le coronavirus pour les patients âgés de 12 ans et plus.

Possibilités de dépistage

Conformément à l'article 72 du SGB XI, la réalisation de tests rapides auprès des patients est soumise à l'autorisation préalable d'un médecin. Cette restriction est partiellement levée. En outre, la modification de la loi sur la publicité pour les médicaments étend la publicité pour les diagnostics in vitro destinés à l'auto-utilisation, ce qui permet aux pharmaciens de faire de la publicité pour les tests en dehors des milieux professionnels.

Pendant la pandémie, les tests de dépistage du coronavirus étaient courants en pharmacie ; cette pratique doit désormais s’étendre aux adénovirus, à la grippe, aux norovirus, au RS-virus et aux rotavirus. L’objectif est de briser plus rapidement les chaînes de contamination.

Prélèvement sanguin

Afin, par exemple, de contrôler les effets des médicaments, les prélèvements sanguins standard par voie veineuse devraient être autorisés, mais uniquement chez les personnes majeures. Jusqu'à présent, cette pratique était réservée aux médecins, une restriction qui serait ainsi levée.

Tâches de prévention

Il existe un droit à la prévention des maladies courantes telles que les maladies cardiovasculaires, le diabète et les maladies liées au tabac. À l'avenir, les pharmacies devront travailler au dépistage précoce des risques de maladie significatifs, ce qui constituera un service pharmaceutique. Jusqu'à présent, une activité préventive par les pharmaciens est déjà possible.

Développement des services pharmaceutiques, amélioration de la collaboration entre les professions de santé

Les services pharmaceutiques seront précisés par la loi. Leur mise en œuvre et leurs résultats devront à l'avenir être consignés dans le dossier médical électronique du patient. De même, le médecin traitant devra être informé des services pharmaceutiques fournis. Il est également prévu que les

puissent également être prescrites par un médecin.

Depuis l’adoption de la loi sur le renforcement des pharmacies de proximité, ces prestations peuvent déjà être proposées, notamment en matière d’hypertension, de traitements par inhalation, de polymédication, de traitement oral du cancer et de transplantation d’organes.

Médicaments de substitution

Si un médicament spécifique soumis à prescription n'est pas en stock au moment de la délivrance de l'ordonnance, la délivrance de médicaments de substitution doit être facilitée. Jusqu'à présent, les pharmacies devaient commander ce médicament, à condition qu'il soit encore disponible chez le grossiste. Cette mesure vise à alléger la charge de travail des pharmacies et à faciliter la prise en charge des patients.

Dispositions administratives

Le projet contient également des dispositions qui ne concernent que le fonctionnement interne de la pharmacie. Entre autres, les assistants techniques en pharmacie (PTA) expérimentés sont autorisés à remplacer temporairement leur responsable de pharmacie. Cela vise à éviter que l'approvisionnement de la population ne soit interrompu (en particulier dans les zones rurales). Toutefois, cette disposition ne s'applique que pour une durée maximale de 20 jours, dont 10 jours consécutifs au maximum. Une autorisation administrative ainsi qu'un essai pratique sont nécessaires à cet effet.

De même, les pharmacies doivent désormais pouvoir fixer leurs horaires d'ouverture de manière autonome afin de les adapter aux besoins réels.

Critiques

Le projet fait l'objet de nombreuses critiques, notamment de la part du corps médical. Une plus grande prudence est exigée dans la prescription de médicaments et de traitements, qui ne doivent pas être remis sans discernement à des tiers. Une telle atteinte aux compétences médicales ne saurait être tolérée. La prise en charge de tâches médicales par les pharmacies risque d'entraîner une fragmentation des soins ambulatoires, sans pour autant alléger la charge de travail.

Les articles 48a et 48b de la loi sur les médicaments (AMG) excluent certes les principes actifs présentant un fort potentiel d'abus, mais la responsabilité relative à l'indication, au suivi thérapeutique et à la rentabilité – qui incombe à l'origine au médecin – est externalisée.

Cette préoccupation quant au risque pour les patients ne peut être dissipée par une brève formation pratique en médecine. De même, les avantages économiques risquent de créer des incitations inappropriées pour les pharmacies. L'indication et son traitement adéquat doivent primer, et non un avantage financier.

La question de savoir si l'État fédéral a même la compétence pour modifier la loi en supprimant la réserve médicale fait également l'objet de discussions. Des complications peuvent également résulter des divergences entre les législations professionnelles des différents Länder, ce qui rendrait impossible une prise en charge uniforme à l'échelle nationale.

L'Ordre fédéral des médecins précise en outre : « Les activités médicales n'ont pas leur place en pharmacie. L'Ordre fédéral des médecins a critiqué dès le début le fait que la loi sur le développement des soins en pharmacie sape ce principe. Une chose est sûre : quiconque assume des tâches diagnostiques et thérapeutiques doit avoir reçu une formation adéquate ».

Les associations de pharmaciens saluent les modifications prévues, mais rappellent que seules les entreprises économiquement viables peuvent fournir ces prestations.

La réforme prévue du secteur pharmaceutique va bien au-delà d’un simple allègement économique pour les pharmacies. Grâce à des compétences élargies en matière d’approvisionnement en médicaments, de prévention, de diagnostic et de vaccination, les pharmacies devraient à l’avenir jouer un rôle nettement plus actif dans les soins de santé ambulatoires. Alors que les partisans y voient une contribution importante à la garantie d’une couverture sanitaire sur l’ensemble du territoire, les détracteurs mettent en garde contre un transfert des compétences médicales et des risques potentiels pour la qualité des traitements.

Indépendamment de l'évaluation des différentes mesures, l'ApoVWG devrait modifier durablement la collaboration entre les professions de santé. Dans l'état actuel des choses, la fin de la procédure législative est attendue dans les mois à venir. Cependant, ce n'est qu'au moment de la mise en œuvre pratique que l'on verra si la réforme atteint réellement ses objectifs ambitieux.

 

 

Version : 29. mai 2026